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Ingres sa vie et ses oeuvres avec un portrait photographie par Lege et Bergeron et le catalogue des oeuvres du maitre par Emile Bellier de La Chavignerie Merson Olivier

Ingres sa vie et ses oeuvres avec un portrait photographie par Lege et Bergeron et le catalogue des oeuvres du maitre par Emile Bellier de La Chavignerie Merson Olivier

Ingres, sa vie et ses œuvres, avec un portrait photographié par Légé et Bergeron et le catalogue des œuvres du maître par Emile Bellier de La Chavignerie
Merson, Olivier


J. Hetzel, libraire-éditeur, Paris, s.d. (1867).


Petit in-12, broché, 123 pp.
Edition originale. Avec le célèbre portrait photographié de Jean Dominique Ingres, sur un papier fort type carte de visite en frontispice ; celui porte un cachet à froid avec la mention : "photographie Carjat & C. Légé et Bergeron, 56 rue Laffitte." La photographie est bien l'oeuvre d'Etienne Carjat (1828-1906), qui s'était trouvé en 1865 dans l'obligation de revendre son atelier, avec l'ensemble de son fonds, pour faire face aux dettes générées par l'échec du Boulevard, son journal. Ce rachat explique la mention des noms de Légé et Bergeron, les repreneurs en question, sur le cachet. Carjat éprouva longtemps de la rancoeur envers ces "tourmenteurs, ces misérables" ou ces "anciens bourreaux de la rue Laffitte." Belle impression de l'imprimerie Lahure sur vélin fort.
Bel exemplaire, assez rare avec sa photographie en très bon état. Légère usure des bordures des plats et du dos (fentes infimes bien recollées), avec un petit manque sur la bordure du deuxième plat. Intérieur très frais, sans rousseurs.


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Après la mort d'Ingres en 1867, l'Ecole impériale des beaux-arts avait consacré selon l'usage une importante exposition rétrospective à l'artiste : Catalogue des tableaux… dessins et croquis de J.A.D. Ingres, exposés dans les galeries du palais de l'Ecole impériale... Au même moment, paraissait la première biographie du peintre par Olivier Merson : Ingres, sa vie et ses oeuvres. Cet ouvrage fut suivi par deux autres publications, toutes deux publiées en 1870 : Ingres, sa vie et ses ouvrages, par Charles Blanc et Ingres. Sa vie, ses travaux, sa doctrine d'après les notes manuscrites et les lettres du maître, par Henri Delaborde.


Avec ces trois ouvrages, on était encore dans le temps de la commémoration et de la critique, l'époque de l'inscription dans l'histoire ne venant qu'après la traversée du désert ingresque des années 1870-1900, marquées par le culte de Delacroix qu'intensifièrent les écrits d'Alfred Robaut et de Maurice Tourneux. La première véritable monographie ingresque serait l'oeuvre de Lapauze (Ingres, sa vie & son oeuvre) au début du XXe siècle ; cet ouvrage monumental de 580 pp., qui était le fruit d'une vingtaine d'années de recherches, devait renverser le goût dominant en faisant d'Ingres" le chef de l'école française et le fidèle dépositaire de ses traditions", selon les propres termes de Lapauze. En 1867, l'objectif de Merson relevait donc moins de l'enquête historique que d'un discours critique élogieux, fait d'analyses et d'impressions assez libres. 


Comme dans l'ouvrage de Delaborde, le fait de réserver les grandes capitales au seul nom de l'artiste (INGRES, sa vie et ses oeuvres) traduit d'emblée dans le titre la vénération de l'auteur pour le "maître", défini en tant que tel dans le catalogue raisonné. La photographie de Carjat en frontispice renforce d'autant plus cette vision altière que le regard presque obstiné de "Monsieur Ingres" ne rencontre pas celui du spectateur : le peintre semble ainsi s'enfermer dans sa doctrine et le culte du beau, récusant tout espace critique de dialogue et de contradiction. 


Père du peintre Luc-Olivier Merson (1846-1920), Olivier Merson fut lui-même tenté par une carrière artistique. Son échec au Prix de Rome et le succès mitigé rencontré au Salon lui firent pourtant abandonner la peinture au profit de la critique d'art. Ses rares écrits témoignent du même attachement que son fils envers le métier traditionnel et la perpétuation de l'enseignement des Beaux-Arts. Sa seule réticence envers la personnalité d'Ingres, "le premier de son temps", concerne précisément son manque d'abnégation dans "l'éducation des artistes" : "Pourquoi s'est-il retiré si tôt de l'enseignement, pourquoi n'a t-il pas poursuivi cette partie de sa tâche? Je ne puis le dire. Mais c'est un réel malheur dont s'affligent tous ceux que l'avenir de l'art préoccupent. Quand le mensonge va le front levé, n'est-il pas essentiel que la vérité, elle aussi, marche haut la tête?" 


Le portrait de Carjat est si parfaitement conforme au mythe de son modèle qu'il permet d'accéder à une part de la vérité d'Ingres. La simplicité et la vigueur de ce portrait photographié doivent beaucoup à l'exclusion de tout décor, si fréquent dans les photographies de l'époque. Carjat laissait le modèle prendre l'attitude qui lui était naturelle, sans le moindre artifice. Si on retrouve dans ce portrait la construction très rigoureuse de ses photographies, l'image s'arrêtant toujours aux genoux pour conférer toute son importance au visage et à l'expression, le modèle, cas assez rare, ne regarde pas de face le photographe.



 



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